L’annonce de l’exposition, à la Tate Gallery de Londres, du célèbre artiste pop art Roy Lichtenstein fait remonter la polémique autour de ses « emprunts » au neuvième art et attise la créativité de certains.

Depuis le 21 février et jusqu’au 27 mai, Roy Lichtenstein est exposé à la Tate Gallery de Londres sous forme de rétrospective. En fait, cette exposition ne devrait pas être la seule digne d’intérêt prochainement…

Dans la journée du 27 février 2013, le graphiste/illustrateur/comic artist Rian Hughes a partagé des photos sur Facebook montrant Dave Gibbons (scénariste et dessinateur de comics dont Green Lantern) face au tableau WHAAM! de Roy Lichtenstein, pendant une interview avec la chaîne BBC4.
Dave Gibbons n’a jamais cessé de faire remarquer les différents emprunts de Roy Lichtenstein au comics, pas toujours fameux.

Dans cette interview réalisée pour la BBC il y a environ 20 ans, il explique l’intérêt de la case copiée dans une planche, celle-ci suivrait une vue plus large de la voiture ou du couple se dirigeant vers elle. Il affirme également que la copie a été effectuée sans compréhension de la forme d’art qu’est le comics, qu’il s’agit d’une mauvaise copie.

La contre-attaque

Revenons donc à ces photos publiées sur Facebook : en réaction à cette interview et à l’exposition consacrée à Roy Lichtenstein, Rian Hughes a lancé un appel :

I suggest a counter-attack. Every interested comic artist should « appropriate » a Lichtenstein and rework it – use some of their unfashionable ‘commercial art’ drawing skills to comment on this annexation of so-called « low » art by « high » art, warp and twist it into something interesting and original. You’d actually be going back to the source and reappropriating Coletta, Novick, Kirby et al, so niftily bypassing any copyright the Lichtenstein estate may think they have. Take Back the Art!

Globalement, il appelle tous les auteurs de comics à contre-attaquer. Pour cela, ils doivent s’approprier un original ainsi copié par Roy Lichtenstein et le retravailler selon leurs propres méthodes « commerciales » afin de réaliser un commentaire de l’annexion faite du soi-disant « art inférieur » par « l’art supérieur ». En faisant cela, ils reviendraient finalement aux sources de ces créations que sont les travaux de Coletta, Novick, Kirby, etc. Par conséquent, ils surpasseraient n’importe quel copyright a priori possédé par les ayants droit de Roy Lichtenstein. L’art des auteurs de comics leur a été volé, ils le reprennent.

La contre-exposition

Quelques heures plus tard, un groupe nommé IMAGE DUPLICATOR était créé sur Facebook. L’idée est simple : alors que l’exposition de la Tate Gallery remet en lumière un artiste déjà bien connu, le public n’est sans doute pas au courant de ses « influences » sans que ces artistes soient crédités ou récompensés. Afin de remettre les choses en place, une exposition sera organisée à la Orbital Gallery de Londres du 16 mai au 31 mai 2013 soit une semaine avant et après la fin de l’exposition Lichtenstein.
En suivant l’appel de Rian Hughes, chaque artiste devra se réapproprier un original copié par Roy Lichtenstein en revenant aux sources, il n’est pas question de copier la copie…

Les artistes sont invités à choisir leur art sur le site DECONSTRUCTING ROY LICHTENSTEIN proposant une galerie de comparaisons entre créations originales et copies de Roy Lichtenstein (des exemples à la fin de cet article).

Cette exposition promet d’être l’une des plus intéressantes du moment, qu’il s’agisse du propos politique ou des promesses artistiques. Alors que la bande dessinée s’affirme de plus en plus comme une forme d’art accédant à la noblesse, à la légitimation, il est plus que temps de rétablir certaines vérités. L’une d’entre elle étant qu’en terme d’efficacité et de puissance visuelle, le matériel original est souvent bien supérieur.

Je conclurai par une citation (traduite par mes soins) d’Art Spiegelman : « Lichtenstein n’a fait ni plus ni moins pour les comics qu’Andy Warhol pour la soupe. »

« Lichtenstein did no more or less for comics than Andy Warhol did for soup. »

Sources : Comicsbeat et Comics Alliance.